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Comment encourager une consommation plus responsable ?

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Depuis quelques années, un mouvement prend de l’ampleur auprès des particuliers et des entreprises : une volonté de consommer moins, et consommer mieux. Un nombre croissant de consommateurs aspire à une société plus équitable, plus respectueuse de l’environnement. Si aujourd’hui elle est considérée comme une simple tendance, la consommation durable entend bien devenir une norme dans les années à venir, dans les esprits comme dans les textes de loi, en France comme en dehors de ses frontières.  La croissance durable fait partie des principaux objectifs de l’Union Européenne, notamment à travers son pacte vert pour l’Europe. Il est donc plus important que jamais pour les entreprises de se saisir de ce sujet d’avenir.  Au fil de cet article, nous donnons la parole à Sihem Dekhili, maître de conférences à l’Université de Strasbourg et spécialiste de la consommation responsable, pour nous aider à déchiffrer les enjeux derrière ces nouveaux modes de consommation.

Économie circulaire : quels avantages pour les entreprises ?

L’économie circulaire s'inscrit dans une démarche de transition écologique et énergétique, pour permettre aux entreprises de proposer des biens et services produits de manière durable. Si cela peut paraître à priori contraignant, c’est néanmoins une stratégie qui possède de nombreux avantages :
  • Elle permet d’attirer une nouvelle clientèle soucieuse des enjeux environnementaux, tout en sensibilisant sa clientèle actuelle sur leur importance.
  • Elle fait prendre de l’avance aux entreprises sur les réglementations futures, et ce faisant, les rend plus compétitives et attractives que leurs concurrents, aussi bien aux yeux des talents que des clients.
  • Elle sensibilise les collaborateurs en interne et les fédère autour de valeurs communes, pour donner du sens à leur travail.
  • Elle est créatrice d’emplois : le recyclage est un des piliers de l’économie circulaire et nécessite quatre fois plus d’emplois que l’enfouissement[1].
Pour Sihem Dekhili, l’économie circulaire est d’autant plus importante pour les entreprises qu’elle va de pair avec les attentes des consommateurs envers l’image de marque des entreprises : « Il y a des rapports qui mentionnent que les consommateurs ont parfois des attentes plus fortes envers les entreprises et les marques qu’envers des politiques. Les consommateurs ont compris que le rôle de ces dernières n’est peut-être pas le plus important.»
Le pacte vert pour l’Europe prévoit à ce sujet un nouveau plan d’action pour une économie circulaire, afin que ces pratiques durables soient mises en place à travers toute l’Union Européenne.

Des chaînes d’approvisionnement plus vertueuses

Rendre sa chaîne d’approvisionnement plus durable, c’est possible. Voici quelques exemples d’actions concrètes :
  • Choisir des matières premières non polluantes.
  • Utiliser des modes de transport plus écologiques, comme les voies ferrées ou fluviales, et optimiser les trajets aller-retour.
  • Revoir la consommation énergétique des entrepôts en utilisant des ampoules à basse consommation, en assurant leur entretien avec des nettoyants écologiques, en utilisant des emballages recyclables pour les produits.
  • Utiliser des indicateurs pour suivre la performance éco-responsable de votre chaîne d’approvisionnement. Par exemple, l’ICE (indicateur de condition environnementale) permet de mesurer l’impact d’une activité sur l’environnement, notamment en termes de pollution.

Des outils et des initiatives concrètes pour réduire l’empreinte carbone

Pour mesurer de manière concrète l’empreinte environnementale de la chaîne d’approvisionnement des entreprises, la plateforme CO2 AI Product Ecosystem a mis au point un algorithme qui repose sur l’intelligence artificielle. Il est ainsi possible de tester différents scénarios pour se diriger vers des pratiques plus durables. Cette implication concrète des acteurs, et notamment des entreprises, est importante si l’on veut arriver à transformer la société de manière durable. Selon notre experte, il ne faut pas mettre cette responsabilité sur les épaules du consommateur : « Je n’y suis pas vraiment favorable. Les entreprises sont quand même plus en mesure d’avoir un impact en matière de durabilité et peuvent très bien orienter les comportements des consommateurs. »

Consommation durable : où en est la législation ?

La loi Climat et résilience a été promulguée le 22 août dernier. Elle contient une partie des 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat dans le but de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030. Elle s’articule autour de quatre thèmes :
  • Les modes de consommation et l’alimentation
  • Les modèles de production et de travail
  • Le logement et l’artificialisation des sols
  • Le délit d’écocide
Pour Sihem Dekhili, ces lois sont importantes, car elles représentent « quelque chose d’assez fort qui est susceptible de faire bouger les lignes et qui peut mener au changement. » Cependant, on ne peut pas compter uniquement sur le pouvoir législatif : même « s’il y a urgence, la politique prend du temps. »

La consommation responsable au quotidien : éco-labels, applications, prêts

Depuis le 1er janvier 2022, le logo Triman est devenu obligatoire sur tous les emballages en France, pour inciter à mieux respecter les consignes de recyclage, mais aussi se tourner vers des produits privilégiant des emballages qui le sont. À plus grande échelle, le comité de l’Union européenne pour le label écologique (CUELE) a pour mission d’évaluer et de vérifier les produits qui se distinguent grâce à l’écolabel européen.

Il existe également des applications qui facilitent le quotidien, comme Yuka ou 60 millions de consommateurs. Il suffit de scanner un produit pour obtenir des informations sur sa composition, mais aussi découvrir des alternatives plus responsables. Ces applications sont intéressantes, car elles promettent au consommateur plus de transparence sur ce qu’ils achètent. Cela permet notamment de toucher une cible pour qui l’argument écologique est important, mais pas primordial comparé à la composition d’un produit par exemple. Pour cela, « il faut mobiliser d’autres arguments, notamment les bénéfices individuels : en quoi ce produit écologique peut être bénéfique pour le consommateur, pour sa santé, pour son bien-être. Car il achète un produit pour lui-même, et la question environnementale et sociale vient éventuellement en second. », indique notre experte.

Enfin, le BNPL (buy now pay later) est une solution qui permet de fractionner un paiement sur plusieurs échéances. Non seulement pratique, cela permet également aux consommateurs de se tourner vers des produits peut-être un peu plus onéreux, mais plus respectueux de l’environnement et qui durent dans le temps. Pour Sihem Dekhili, la notion de fair price devient alors primordiale : « Il y a une catégorie de consommateurs qui a des contraintes fortes en termes de pouvoir d’achat. Aujourd’hui, tout le monde est concerné par les pratiques responsables, mais il y a des catégories de produits écologiques qui sont relativement chers, et qui ne peuvent donc pas concerner tout le monde. C’est là où la notion de fair price est intéressante, c’est vraiment la notion de la justice liée au prix. » Car si beaucoup de consommateurs ne sont pas nécessairement contre l’idée de payer plus cher, il faut que ce prix soit justifié. « Il y a un enjeu autour de la transparence des prix. »

Les valeurs des consommateurs se ressentent dans leurs habitudes d’achat : les produits locaux, soucieux de l’environnement et du bien-être animal ont le vent en poupe, tout comme les nouvelles manières de voyager qui invitent, elles aussi, à mieux consommer. La demande est là, mais les entreprises ont également un rôle à jouer pour continuer de démocratiser ces pratiques vertueuses. Les mettre en place dès aujourd’hui, c’est prendre de l’avance sur les futures lois françaises comme européennes, et montrer que l’éco-responsabilité n’est pas qu’une question d’obligation.

Pour Sihem Dekhili, « les entreprises sont peut-être des acteurs aussi importants que les politiques, et peuvent avoir un impact très significatif à travers leurs choix. »

[1] Arnaud Leroy, ancien président du conseil d'administration de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), Libération.